Des chiffres
sans appel
La CNAMTS en a fait une de ses quatre priorités
nationales dans le cadre de ses orientations à moyen terme
adoptées par la CAT-MP le 21 avril 2004.
Même si l'on note une évolution positive
entre 2002 et 2003, avec pour l'ensemble des accidents routiers pris
en charge par la branche accidents du travail de la sécurité
sociale, une baisse de 12 % des accidents avec arrêt de
travail et une baisse de 17 % des accidents mortels, la situation
demeure préoccupante.
Deux types d'accidents routiers sont pris en compte :
- Les accidents routiers du travail qui ont
eu lieu « par le fait ou à l'occasion du travail »
(art. L. 411-1 du Code de la sécurité sociale) ;
- Les accidents routiers de trajet qui ont
eu lieu « sur le trajet pour se rendre ou revenir de son lieu
de travail »(art. L. 411-2 du Code de la sécurité
sociale).
Les chiffres les concernant sont éloquents
(cf. tableau 1).
Le risque routier encouru par les salariés
a ainsi entraîné, pour la branche accidents du travail
de la sécurité sociale, la prise en charge de 75 487
accidents avec arrêt, dont 10 286 avec incapacité
permanente et 664 mortels, le nombre de journées perdues
s'élevant à 5 451 333.
Plus significatif encore de l'importance des accidents
routiers du travail : pour la période 2003-2004 ils représentaient
environ 3 % des accidents du travail toutes causes confondues,
mais 6 % des accidents avec incapacité permanente et surtout
30 % des accidents mortels.

Tous concernés
Devant de tels chiffres, nul ne peut dire que l'identification
du risque routier comme un des risques liés à l'activité
de l'entreprise ne concerne pas un nombre très important de
sociétés et quasiment toutes si l'on y intègre
l'accident de trajet.
Sa prise en compte dans le document unique entraîne
la mise en place d'actions pour y faire face ; actions difficiles
à identifier ou à réaliser tant le sujet peut
être sensible pour certains conducteurs persuadés de
leurs qualités évidentes au volant.
Au-delà de ces aspects, le risque routier
dans le monde du travail est une réalité bien tangible
pour laquelle des actions de prévention simples peuvent donner
rapidement de très bons résultats.
Des effets économiques
notables
Il est aussi évident que l'incidence financière
est importante et doit être prise en compte avec réalisme,
en y intégrant coûts directs et surtout indirects.
Par exemple, le tableau 2 présente des
coûts moyens de sinistres matériels (accrochage) sur
des véhicules d'une flotte commerciale classique.
Les coûts indirects occasionnés par
un sinistre représentent trois fois la valeur des coûts
directs de réparations. Et nous ne parlons là que d'accrochages !
L'incidence est nettement plus forte quand il y a
malheureusement atteinte à l'intégrité physique
du conducteur et arrêt de travail.
Face à ces constats, on comprendra l'intérêt
d'une implication réelle pour la prise en compte du risque
routier en entreprise.

Quelles actions ?
Comment réduire les risques routiers lors
des déplacements des salariés ? Comment améliorer
la sinistralité de l'entreprise et le comportement de conduite
des collaborateurs ? Autant de questions auxquelles doivent répondre
un directeur d'entreprise, un responsable des ressources humaines
ou un salarié en charge des risques d'entreprise.
Avant toute action, ils doivent clairement identifier
leur motivation en répondant à la question suivante
: pourquoi réduire la sinistralité routière de
l'entreprise ?
Par volonté de prévention ? Suite à une demande
de l'assureur ? A cause d'une montée des coûts indirects
occasionnés par les sinistres ou d'une image de marque à
améliorer ?
Bien souvent, c'est un mélange de ces causes
qui en est à l'origine mais il n'en reste pas moins que l'action
de prévention doit être engagée et menée
car elle répond à l'identification d'un risque relevant
du document unique.
Avant tout, une étude du comportement routier
des collaborateurs et de leur sinistralité est essentielle.
L'implication des hommes de l'entreprise aussi bien salariés
que de l'équipe d'encadrement est indispensable. Un encadrement
convaincu qu'en réduisant la sinistralité on améliore
la prévention et la rentabilité de l'entreprise, est
déjà un objectif atteint.
De plus, aujourd'hui, les pouvoirs politiques utilisent
la réduction du nombre d'accidents de la route comme outil
de communication, les médias présentant les résultats
mensuels comme un indice de réussite politique. Pourquoi ne
pas « surfer » sur cette cause nationale pour impliquer
les collaborateurs ?
Prenons l'exemple de la société X
qui, ne faisant aucune politique de gestion des risques routiers,
avait en 2003 une moyenne annuelle de 0,85 sinistre par véhicule.
Chaque sinistre représentant un accrochage avec ou sans tiers
avec des dégâts même bénins comme le rétroviseur,
le phare,… Il faut savoir que, statistiquement, un conducteur
qui périodiquement réalise un sinistre, même minime,
créera un jour un grave accident.
L'entreprise X a entrepris début 2004
une politique de gestion du risque routier en apportant au salarié
conducteur et à son encadrement un ensemble d'informations
et d'outils basés sur des actions de communication. A la mi-2005,
sa moyenne annuelle de sinistre par véhicule était tombée
à 0,30.
Pour obtenir de tels résultats, la personne
en charge de la mise en place de la réduction de la sinistralité
doit bien connaître l'éthique de l'entreprise, son histoire
et ses hommes.
Les différents organismes extérieurs
qui peuvent intervenir sur le risque routier doivent être capables
de se positionner comme tels afin de pouvoir maîtriser la culture
qui règne dans chaque société et ainsi proposer
des solutions en adéquation avec les organisations en place.
De plus, avant de lancer une action de sensibilisation,
il est nécessaire de cibler le message que l'on veut faire
passer, s'assurer qu'il est facile à mettre en place, qu'il
est accepté par l'encadrement et surtout qu'il pourra être
suivi régulièrement. La difficulté est de cibler
l'action de communication pour qu'elle apporte une réduction
de la sinistralité de l'entreprise.
L'exemple du registre
Par exemple, mettre en place un registre pour chaque
conducteur et son véhicule est un moyen efficace de démarrer
son action de prévention.
Chaque conducteur responsabilise sa conduite à
travers ce registre, il fait partie intégrante de la vie du
véhicule et de l'activité professionnelle du conducteur.
Ainsi, ce dernier est amené à gérer son véhicule
de société comme son propre véhicule.
Ce registre doit proposer des règles, des
procédures et des principes obligatoires que l'on doit respecter
avant de prendre le volant, en roulant, en cas de panne ou en cas
de sinistre.
Il doit devenir un élément moteur pour
réduire la sinistralité d'entreprise et permettre au
salarié conducteur d'intégrer plus facilement son véhicule
dans son activité comme un élément de sa performance
professionnelle.
Le registre peut être une manière de
sensibiliser régulièrement le conducteur sans alourdir
son travail de tous les jours. Bien entendu le registre ne représente
qu'un outil et, comme tout outil de prévention, il faut le
faire vivre.
Au-delà des outils, la gestion du risque routier
dans l'entreprise et la recherche de la baisse du nombre de sinistres
reposent essentiellement sur la communication et bien entendu la formation
qui reste le vecteur principal pour s'assurer de la bonne compréhension
des gestes de prévention.
Comme dans toute action de prévention, réussir
à convaincre quelqu'un d'adopter le bon comportement c'est
déjà avoir fait la plus grande partie du chemin.