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Sûreté : une réglementation qui évolue

Le devenir des règles de sûreté devrait tendre de plus en plus vers une conception mixte alliant prescriptions, encadrements et objectifs de performances.

Les textes législatifs et réglementaires concernant la sûreté semblent, au premier regard, moins organisés que ceux traitant de la sécurité incendie. Il n'existe pas de règlement de sûreté des établissements recevant du public, ni de catégories ou de types d'établissements.

Les règles de sûreté peuvent sembler plus tournées vers une approche d'encadrement

On ne trouve pas plus d'instructions techniques ou de règlements de mise en œuvre d'équipements avec contrôle par organismes agréés.
Les approches et les concepts qui motivent l'élaboration des textes liés aux mondes de l'incendie ou de la sûreté semblent, au premier regard, assez différents.

Pour l'incendie, l'adversaire est unique et l'objectif à atteindre connu. Reste donc à définir, en fonction des situations, l'adaptation des règles à respecter. L'environnement de mise en œuvre étant lié aux bâtiments, les études les plus exhaustives possibles des typologies de constructions et de leurs utilisations permettent le plus souvent de définir des règles de prévention et de protection performantes.

Cette approche par la prescription permet d'atteindre l'objectif mais présente parfois le défaut de ne pas avoir prévu tous les cas possibles, défaut souvent décrié sous la formule « on attend le sinistre pour prendre les mesures ». Ce raccourci facile illustre plus la difficulté de prévoir à l'avance toutes les possibilités d'utilisation des structures que la réelle attente d'un sinistre pour édicter la règle.

La sûreté introduit des prescriptions dans des cas de plus en plus nombreux

Pour la sûreté, si l'objectif à atteindre est connu dans son principe, il est aussi caractérisé par sa diversité : le degré désiré de sûreté est motivé par des paramètres nettement moins « catégorisables » que ne le sont, par exemple, la hauteur d'un bâtiment, la surface ou le nombre de personnes. Quant à l'adversaire, s'il était connu en sûreté comme le feu l'est pour l'incendie, une très grande partie du problème serait résolu…

Ces constats faits, il semble logique que les règles de sûreté soient plus tournées vers une approche d'encadrement, pour éviter des excès, que vers une approche de prescriptions comme c'est le cas pour l'incendie.

Une illustration courante de cette vision est le discours tenu par nombre de spécialistes réalisant ces types d'installations : « les règles de sûreté laissent beaucoup plus de place à la créativité, nous avons des outils, des limites dans l'utilisation de ces outils et une latitude important pour la mise en œuvre.

A l'inverse, avec les règles de l'incendie nous devons faire ce qui est écrit, un contrôle étant réalisé sur ce que nous avons fait pour garantir que les règles ont bien été respectées. En résumé, avec la sûreté nous créons, avec l'incendie nous appliquons. »

Cette position un peu caricaturale illustre cependant bien les différences ressenties quant aux contraintes existant entre ces deux familles de règles de sécurité, différences de conception qui prennent souvent toutes leurs dimensions au moment de la mise en application.

Mais ce constat, partiellement vrai, le sera de moins en moins car les choses évoluent rapidement et les dernières règles ou projets de règles, tant en sûreté qu'en incendie, tendent vers un mixte des deux logiques.

Apparition de registres de sûreté

Dans ce sens, un constat intéressant concerne l'appropriation qui est faite par certains exploitants et/ou utilisateurs de l'évolution des règles du monde de la sûreté. Ces derniers procèdent à la mise en place volontaire (non demandée par les règles ou les textes contractuels) de registres « sûreté », reflets des registres « incendie » bien connus de tous depuis de nombreuses années. Interrogés sur ce choix, ils précisent que ce type de document leur semble nécessaire pour justifier, tant auprès de leurs assureurs que d'autres demandeurs, du bon entretien des systèmes en place, de leur suivi et de leur intégration réelle dans la vie quotidienne de l'établissement.

L'Etat doit constitutionnellement la sécurité à ses citoyens

Force est de constater qu'ils ont ainsi déjà intégré une vision des règles en terme de prescription, et qu'ils l'appliquent même à des domaines pour lesquels les règles ne définissent pour l'instant que des logiques d'encadrement.

L'incendie réfléchit à l'ouverture de ses règles vers des logiques de performances autorisant des moyens X ou Y du moment qu'ils permettent d'atteindre l'objectif fixé.
La sûreté introduit des prescriptions dans des cas de plus en plus nombreux comme, pour ne citer que quelques exemples récents, les tenues des agents de sécurité, les conditions d'accès entre les véhicules de transports de fonds et les magasins de vente, la protection des dépôts privés d'explosifs...

Ces évolutions sont plutôt rassurantes car elles montrent bien que les règles évoluent avec les techniques et les réalités des mises en œuvre. Certains diront que ces évolutions ne sont pas assez rapides mais, au même moment et sur le même sujet, d'autres diront qu'elles sont trop rapides ou liberticides.

Il est logique que les nouvelles règles entraînent des débats d'idées mais, au-delà, l'important est de les analyser avec un regard objectif sachant que bien souvent elles reflètent la recherche d'un consensus sur le sujet concerné.

L'évolution des règles de sûreté depuis les années 1970 illustre bien la démarche concernant la construction législative visant à la mise en place de garde-fous. S'y ajoute, comme dans de nombreux domaines, la prise en compte des faits d'actualité qui sont des catalyseurs influents, l'Etat devant constitutionnellement à ses citoyens la sécurité.

La première illustration date du milieu des années 70 où le développement exponentiel de l'informatique s'est vu encadrer de manière quasi immédiate par la loi n° 78-17 concernant les fichiers et traitements de données à caractère personnel, aujourd'hui communément appelée « Loi informatique et libertés » et encadrée par la CNIL.
Au début des années 1980, l'explosion des sociétés privées de sûreté a rapidement donné naissance à la loi 83-629 concernant les activités privées de sécurité, subdivisée en quatre thèmes : surveillance et gardiennage, transport de fonds et de valeurs, protection physique des personnes et activités des agences de recherches privées.
Les années 1990 ont vu l'utilisation de plus en plus fréquente de la vidéo surveillance et, par conséquence, son traitement législatif au travers de l'article 10 de la loi 95-73 concernant l'orientation et la programmation relative à la sécurité.
La recrudescence des attaques de fourgons blindés du début des années 2000 a nécessité la mise en œuvre de réponses rapides pour sécuriser les cheminements, les stationnements et les accès des fourgons et convoyeurs, réponses apportées par de nombreux textes (codes, lois, décrets et circulaires).
La terreur apportée par les actes terroristes depuis le 11 septembre 2001 en est aussi un exemple fort. En effet, avec la loi 2006-64 relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers, notre pays, bien que non directement touché par ces actes, s'est doté à titre préventif de tous les moyens de lutte nécessaires.

   

La technicité des matériels utilisés en sûreté nécessite aussi une prise en compte par les règles pour en traduire l'évolution comme le fait la loi 2004-801 qui modifie de manière quasi intégrale la loi 78-17 en y intégrant l'évolution des supports numériques et de l'essor d'internet. De même pour l'article 10 de la loi 95-73 qui a intégré l'arrivée des enregistrements vidéos sur supports numériques en introduisant leur déclaration à la CNIL.

Les décrets d'application, arrêtés et circulaires suivent aussi cette mouvance et deviennent de plus en plus précis dans leurs prescriptions.

Par exemple, les décrets 2005-1122 et 2005-1123 obligent depuis septembre 2005 les sociétés d'activités privées de sûreté à former efficacement leur personnel sur des sujets très variés comme des notions de droit, les gestes de premier secours à personne, la première intervention incendie,… et commencent ainsi à introduire des notions de performances.
Tout cela augure bien du devenir des règles qui devrait tendre de plus en plus vers une conception mixte alliant prescriptions, encadrements et objectifs de performances.

Pour un professionnel ou un utilisateur, intégrer ces principes et commencer déjà à penser les installations en ces termes ne peut être qu'un positionnement qui lui sera profitable pour l'avenir.


SCI a rencontré les auteurs, Gilles Reynaud (expert en sûreté, cabinet-conseil France-Sûreté) et Jean-François TERRACOL (expert en sûreté, cabinet-conseil EUNOMIA).

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