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A propos des volcans

Une éruption volcanique ne laisse personne indifférent. Comme l'incendie, elle génère un spectacle à la fois magnifique et fascinant quand il n'est pas dangereux. Les Anciens, subjugués, y avaient situé la résidence de dieux puissants, Héphaïstos pour les Grecs, Vulcain pour les Romains.
Ceux qui se préoccupent de la sécurité des populations ne peuvent ignorer ce fléau de la Nature.

La Terre, une planète vivante

La Terre est une planète vivante, en constante transformation.
Les continents n'ont pas toujours occupé la position actuelle et continuent à se déplacer, comme le sous-continent indien qui s'encastre dans le sud de l'Asie et érige l'Himalaya, ceci au gré de rejeux de failles entraînant des tremblements de terre parfois terribles comme en Afghanistan ou récemment au Pakistan (cf. Sécurité Civile et Industrielle, n° 477, 2e trimestre 2001, p. 14 et aussi n° 487, 4e trimestre 2003, pp. 39-43), avec raz-de-marée catastrophiques comme en 2005 (cf. Sécurité Civile et Industrielle, n° 492, 1er trimestre 2005, pp. 5-11).
Les pôles n'occupent pas une position fixe et ils ont même basculé plusieurs fois, le nord devenant le sud.
Le niveau de la mer varie ; c'est l'eustatisme. Les hommes préhistoriques ont dressé des menhirs dans des zones actuellement immergées et allaient à pied sec au Mont Saint-Michel à travers une forêt. Cela provient de changements climatiques permanents, soit que la Terre se refroidisse, et les glaciers qui ont recouvert l'Europe sont venus jusqu'à Lyon, soit qu'elle se réchauffe, et le Sahara verdoyant, peuplé et cultivé, est aujourd'hui un désert. Toute une succession de périodes tropicales et glaciaires a été mise en évidence.
N'en déplaise aux écologistes qui voudraient conserver les paysages, outre ces variations climatiques à l'échelle continentale, des pans entiers de montagne se sont écroulés, provoquant quantité de morts, créant des lacs ou en vidant d'autres (cf. Sécurité Civile et Industrielle n° 489, 2e trimestre 2004, pp. 9-15).
Les rivières tendant vers leur cours de plus grande pente abandonnent des méandres (bras morts) et la Loire se jetait dans la Manche assez récemment.
L'inondation est un avatar redoutable qui a tué des millions de personnes au cours de l'Histoire (Bangladesh, Inde ou encore : Chine,…).
Des ouragans d'une grande puissance dévastent des régions entières et provoquent aussi des morts (Floride en 2005, Japon,…).

Le volcanisme en quelques mots

On finirait par oublier le risque volcanique.
Rappelons en quelques phrases qu'il se manifeste de diverses manières.

- Les coulées de lave représentent le magma plus ou moins liquide, sourdant à une température allant de 900 à 1 200° C, s'épanchant sous l'effet de la gravité sur les flancs des volcans, souvent en empruntant une vallée préexistante ou une direction privilégiée. Certaines, très fluides, s'écoulent à plusieurs dizaines de kilomètres par heure, donc relativement dangereuses, pouvant dépasser les 50 kilomètres de longueur (160 km dans la région de la rivière Columbia aux Etats-Unis, 96 km en Islande, 30 km à Escandorgue près de Lodève), sur une épaisseur de quelques mètres à des milliers de mètres quand elles s'accumulent les unes les autres, comme au Mauna Loa (Hawaii), sur 4 200 mètres en surface et plus de 4 000 mètres sous l'océan ! En surface, on parle de « trapps » : Inde (Deccan), Somalie, Colombie Britannique au Canada…, et quand même 1 000 mètres d'épaisseur dans l'Aubrac.
Si la lave est plus visqueuse, elle s'épanche moins facilement et, se refroidissant plus vite, laisse une surface chaotique, telles les « cheyres » de l'Auvergne.
Certaines laves encore plus visqueuses sont constituées de blocs refroidis à leur périphérie mais encore fluides à l'intérieur qui progressent en roulant les uns sur les autres : volcan Arenal au Costa Rica.
Quand la lave s'avère trop visqueuse pour s'écouler, elle s'accumule sur place pour former des dômes plus ou moins composites, les auteurs en distinguant divers types en fonction du rapport existant entre leur hauteur et leur diamètre de base : dôme-coulée, surbaissé (Galungung, Soufrière de Saint-Vincent), mont Saint-Helens, péléens (Bezymiany,…), avec aiguille soulevée (O'Usu, Showa-Shinzan…). Rappelons qu'une aiguille de roche solidifiée de 343 mètres de hauteur a été propulsée à partir du 3 novembre 1902 au dessus du cratère de la montagne Pelée.

- Les projections sont des fragments de toute taille, pâteux ou déjà solides, réjetés plus ou moins verticalement au-dessus du cratère et qui retombent plus ou moins loin sur le sol, ce qui les rend dangereux à la fois par leur poids (bombes) et leur quantité. Des éléments microscopiques peuvent monter à des milliers de mètres (27 km en une demi-heure au mont Saint-Helens) avant d'être entraînés par les courants aériens tout autour de la Terre après l'explosion du Karakatoa, à plus de 1 500 kilomètres pour le mont Saint-Helens. On parle couramment de « cendres » bien que certains puristes préfèrent le mot « poussières », faisant observer que rien n'a brûlé. Rappelons l'exemple bien connu du Paricutin (Mexique) qui s'est formé sous le regard des hommes, commençant par une fissure fumante en février 1943 d'où sortirent bientôt des éjecta atteignant 350 mètres de haut en six mois, la colonne éruptive montant à 6 kilomètres d'altitude, des poussières tombant sur Mexico. On assista ensuite à des coulées de lave l'année suivante qui anéantirent un village et, en 1952, ce volcan culminait à 430 mètres.

- Les nuées ardentes consistent en une émission brutale et violente de liquides et de gaz transportant des éléments solides en suspension suivant une direction déterminée par leur sortie. Ces gaz ont une température pouvant dépasser plusieurs centaines de degrés et s'échappent à plusieurs centaines de kilomètres par heure à des distances considérables, et même à contre-pente du fait de leur énergie. Les spécialistes en distinguent trois types sur lesquels nous n'insisterons pas. Elles constituent un risque majeur, parfois imprévisible mais, heureusement, restent assez rares.

- Les expulsions d'ignimbrites, à plus de 700 kilomètres par heure, mettent en jeu des quantités colossales de matériaux et une énergie considérable leur permettant de franchir des obstacles de 700 mètres de hauteur. Il s'agit d'une sorte de mousse, d'écume. A ce jour, les hommes n'en ont observé aucune, celle du Katmaï (Alaska, Etats-Unis) s'étant produite en 1912 dans une région inhabitée. Les dépôts atteignent des dizaines de mètres et peuvent recouvrir jusqu'à 20 000 kilomètres carrés (Taupo).

- Les rejets de gaz qui ont lieu avant, durant et après l'explosion, comme les « solfatares », peuvent perdurer des années. Le célèbre Pline l'Ancien a été asphyxié par ces gaz au sommet du Vésuve dont il observait l'éruption de 79. Il peut aussi s'agir d'un nuage de gaz lourds envahissant une zone habitée et tuant tout être vivant, comme par exemple à Nyos au Cameroun.

- Les cratères d'explosion (« maar » en allemand), résultent d'une explosion souterraine due à de la vapeur d'eau emprisonnée sous très haute pression et générée par des infiltrations dans le substratum au voisinage d'une poche magmatique. La moindre résistance étant la surface du sol, tout ce qui surmonte le foyer explosif est pulvérisé et projeté en l'air et l'on retrouve le type de l'explosion volcanique avec retombées. Il n'y a donc pas de cratère, mais une dépression résiduelle, plus ou moins comblée par ses propres retombées, souvent emplie d'un lac temporaire, allant jusqu'à 2 ou 3 kilomètres de diamètre. Les dépôts peuvent atteindre les 50 mètres d'épaisseur, donc menacer ou recouvrir des villages ou des habitations voisines.

- Le volcanisme sous-marin n'est pas sans danger. Rappelons l'apparition du Capelinhos au large de l'île Fayal (Açores), en septembre 1957, lançant bientôt des cendres à 100 mètres de hauteur, puis des blocaux et des bombes à 500 mètres, surmonté d'un panache s'élevant à 7 000 mètres, ou encore celle de Surtsey, au large de l'Islande, qui dura trois ans (1963-1966). De très nombreuses îles ne sont que le sommet de volcans sous-marins reposant sur la croûte océanique (Tahiti, 2 241 m ; archipel du Cap-Vert, avec 2 829 m au Pico do Fogo ; Hawaii, 4 170 m…).

- Les « lahars », terme indonésien, ne sont pas des phénomènes éruptifs proprement dits mais liés directement à ces derniers dans la mesure où il s'agit de la remobilisation de cendres et de blocs du flanc d'un volcan sous l'effet de pluies diluviennes, d'un séisme. Une coulée de boue, comme celle du Nevado del Ruiz (Colombie), en novembre 1985, a fait quelque 20 000 morts.

Le risque volcanique

Il n'est pas à négliger mais, comme celui de tous les fléaux naturels, il reste proportionnel à l'expansion et à l'implantation de la population.
L'expansion, car en effet, quand l'appareil estimé le plus récent du Puy-de-Dôme s'est manifesté pour la dernière fois, il y a 7 000 ans environ, il n'y avait sans doute que quelques clans d'hommes préhistoriques à son pied et le nombre de morts qu'il a pu entraîner - s'il y en a eu - fut évidemment infime. Il en allait de même en Amérique du Sud au temps des Incas ou en Asie du Sud-Est.

L'implantation de la population, car, quand le Vésuve a connu un regain d'activité en 79, il a anéanti plusieurs villes et hameaux (Pompéï, Herculanum, Boscoreale, Oplontis, Stabies, Sorrente…), provoquant autour de 20 000 morts, beaucoup de blessés sans doute. Les nuées ardentes de 0 et de 300 de la montagne Pelée, qui existe depuis 200 000 ans, n'ont sans doute tué personne et celle de 1300 n'a recouvert que quelques habitations d'Indiens caraïbes alors que celle du 8 mai 1902, à la suite d'une forte concentration de population non évacuée (pour cause d'élections), tua environ 30 000 habitants. En fait, d'autres nuées ardentes vont balayer Saint-Pierre les jours suivants, complétant le travail de destruction de la plus tristement célèbre éruption, elle-même précédée de phénomènes annonciateurs meurtriers, dont un petit séisme.
Ces questions de présence de population ne sont pas à ignorer, ni les moyens modernes de diffusion des informations qui auraient tendance à faire croire que la Nature est plus dangereuse aujourd'hui que dans le passé, même récent à l'échelle géologique des temps.
Le risque lui-même, réparti en sept chapitres par l'International association of volcanology and chemistry of the Earth Interior (IAVCEI), découle des différentes manifestations brièvement rapportées ci-avant et que nous résumerons comme suit :

- Les coulées de lave ne sont pas les plus à redouter par l'homme car il a presque toujours le temps de s'enfuir, leur parcours étant prévisible, mais elles détruisent des constructions et ravagent prairies, forêts et cultures. Des essais pour les détourner nécessitent un matériel considérable mais des résultats ont été obtenus en Islande au printemps 1973 quand on a déversé jusqu'à 12 000 tonnes d'eau à l'heure sur le front d'une coulée qui a été stoppée avant qu'elle n'endommage ou anéantisse le port d'Heimaey.
En 1983, un dynamitage d'une muraille de lave refroidie de l'Etna a détourné une coulée. Cela avait été tenté en 1669 déjà pour protéger Catane menacée en ouvrant une brèche latérale, mais les intervenants en furent empêchés par d'autres habitants. A Hawaii, on a lancé des bombes par avion pour abattre les flancs d'une coulée, sauvant ainsi la ville de Hilo.

- La retombée des éjecta recouvrira une surface et une épaisseur variant avec le volume et la taille des matériaux expulsés… Des lapilli peuvent s'accumuler sur des dizaines de mètres, entraînant l'écroulement des bâtiments sous leur poids, l'enfouissement des cultures et des herbages (mort du cheptel par famine, comme en Islande), ou de villes (Herculanum, Pompéï…), pouvant tuer les êtres vivants par obstruction des voies respiratoires si elles sont très ténues. L'éruption du Santorin, ayant eu lieu au XV-XVIIe siècle B. P., qui a pulvérisé l'île Stronghyli qui devait s'élever à plus de 1 000 mètres d'altitude, produisit quelque 72 kilomètres cubes de cendres qui ont recouvert toute la mer Egée, atteignant l'Egypte. Celle du Krakatoa, (détroit de la Sonde), en août 1883, émit des cendres qui ont fait le tour de la Terre pendant plusieurs années, assombrissant le crépuscule devenu rougeâtre à Paris.

- Les nuées ardentes et les ignimbrites sont brutales, le moment de leur déclenchement restant imprévisible, l'orientation de leur menace conditionnée par le phénomène explosif qu'elles ont provoqué pour s'échapper. N'oublions pas qu'elles peuvent remonter à contre-pente, que leur vitesse est considérable. Elles tuent en asphyxiant par effet de souffle (« blast injury ») et du fait de leur température élevée et d'objets projetés et déplacés par leur puissance.

Les gaz, parfois toxiques et invisibles, peuvent tuer : plateau de Dieng, à Java, en février 1979, quand du gaz carbonique a été émis en même temps qu'une éruption mineure, asphyxiant 140 personnes ; village de Wum, au Cameroun, en août 1986, où une nappe de gaz carbonique d'un kilomètre cube environ, de 120 mètres d'épaisseur, qui stagnait au-dessus du lac Nyos, a parcouru 25 kilomètres et fait 1 746 morts, tuant tous les animaux ; accident identique en décembre 1986, mais moins meurtrier. S'ils ne tuent pas directement, ils peuvent entraîner des maladies invalidantes (emphysème), polluer l'eau (fluor), se transformer en acide dangereux (en Islande, en 1783, une abondante émission de SO2 s'est transformée au contact de la pluie en acide sulfurique). Des spécialistes, s'appuyant sur diverses observations, ont avancé l'idée que le cratère d'explosion de Senèze en Haute-Loire qui s'est ouvert il y a quelque 1,5 million d'années aurait été le siège d'un tel phénomène.

- Les lahars sont fréquents en Indo-nésie, d'où vient leur nom, mais aussi en Amérique du Sud. Ils ont été décrits ci-avant, coulées de boue et de blocaux dévalant la pente d'un volcan.

Les raz-de-marée consécutifs à une violente éruption sous-marine ou proche d'une côte. Attention, il ne s'agit pas là de la conséquence d'un tremblement de terre sous-marin. La dépression engendrée par l'explosion de Santorin (cf. supra) forma un raz-de-marée qui ravagea la Crète, à 12 kilomètres, une vague de 200 mètres de hauteur anéantissant la civilisation minoenne. Celle du Krakatoa (cf. supra) engendra un raz-de-marée qui tua 36 000 personnes, les vagues traversant le Pacifique et l'Atlantique, touchant le golfe de Gascogne (France) à 17 000 kilomètres. Une avalanche sur le mont Saint-Augustine (Alaska), en 1883, provoqua un raz-de-marée, de même que celle du mont Saint-Helens, en 1980, par remplissage du lac Spirit, produisant une vague de 260 mètres de haut.

- Les autres menaces sont liées à la fonte d'un glacier à la suite d'une ascension de magma (en Islande par exemple), à la formation d'un barrage qui va inonder une vallée (coulée de lave) ou, inversement, détruire son barrage avec chasse de l'eau non vaporisée…

Les volcans français

S'agissant des départements français, en 2005, seuls ceux de La Réunion, de la Guadeloupe et de la Martinique paraissent menacés.

La majorité des volcans de la métropole sont en sommeil sinon éteints depuis longtemps… pour les hommes, car un réveil n'est jamais impossible. En effet, entre le moment où le complexe volcanique du massif du Meygal Mézenc s'est mis en place, il y a de 9 à 7 millions d'années et le moment où les volcans de la chaîne du Devès, à quelques dizaines de kilomètres, sont entrés en activité, il s'est écoulé près de 4 à 5 millions d'années. Le plus ancien appareil identifié dans la chaîne des Puys, à Menat, accuse 56 millions d'années. La reprise de l'activité volcanique, en bordure de la Limagne, remonte à 20 millions d'années, avec un réveil il y a 95 000 ans suivi de paroxysmes entre 45 000 et 2 500 ans et entre 12 000 et 7 000 ans. Toutefois, dans l'état de nos connaissances actuelles, il ne semble pas qu'ils nous menacent réellement dans un proche avenir, toujours à l'échelle humaine.

Dans les départements d'outre-mer, la montagne Pelée (1 397 mètres actuellement) a connu sa première manifestation il y a environ 200 000 ans. Son cône s'est édifié par à-coups avec éboulements à l'ouest. On a déterminé des éruptions en 0, 300 (type plinien), 1300 (cabanes des Indiens caraïbes détruites), 1630 (mise en place d'un dôme avec nuées ardentes), 1792 et 1851 (éruptions phréatiques), 1902 (début d'une activité de trois ans), 1929 (épanchement de lave). Peu avant le 8 mai 1902, on enregistra des phénomènes meurtriers qui atteignirent leur paroxysme avec la nuée ardente de ce jour-là (de 28 000 à 35 000 morts selon les sources), suivie d'autres manifestations : 20 mai, 26 mai, 6 juin, 9 juillet, 30 août, celle-ci tuant encore plus de 1 000 habitants. D'autres nuées ardentes surgiront en 1929-1932, sans faire de victimes. Un observatoire a été mis en place en 1935.

La Soufrière de la Guadeloupe (1 467 m, encore appelée La Vieille-Dame), domine la ville de Basse-Terre et tire son nom de ses nombreuses et constantes manifestations fumerolliennes (vapeur d'eau et sulfures à 100° C) dans la zone des Chaudières. Une activité plus ou moins paroxystique a été recensée en 1645, 1680, 1696, 1797-1798 (il y aurait eu alors, selon des témoins, des projections et une nuée ardente vers le morne Amic), 1810-1812, 1836 (émission de cendres et de fumée pendant plusieurs semaines), 1879, 1890, 1896, 1899, 1903 (émission d'épaisse fumée par une fracture méridionale).

Surveillée depuis 1951, elle est relativement stable, ayant manifesté un regain d'activité modéré en octobre 1956 (ouverture de fissures, fumerolles plus intenses, panache de cendres de 500 mètres de hauteur), en août 1976.

Sur l'île de la Réunion, les coulées de lave du piton de la Fournaise coupent régulièrement, dans un intervalle de temps de quelques années, la route côtière, mais ce sont des gênes mineures.

Le 12 août 2005, une pré-alerte fut déclenchée par la préfecture, le volcan montrant des signes de reprise d'activité, avec gonflements et faibles séismes quotidiens se multipliant.

Surveillance, prévision et prévention

Bien qu'il y ait encore beaucoup à apprendre, on commence à mieux comprendre les manifestations volcaniques que les séismes car, au moins pour les appareils « en surface », on peut les observer, reconstituer leur évolution, chacun avec ses particularités, donc envisager leur avenir, d'autant plus qu'à de rares exceptions près, leurs éruptions sont heureusement assez rarement cataclysmiques.

Des observatoires de surveillance situés aussi près que possible demeurent les installations de première importance, grâce aux appareils qu'ils abritent et aux spécialistes qui procèdent aux mesures des variations physico-chimiques. La France en possède un à la Soufrière de la Guadeloupe, à la montagne Pelée en Martinique, au piton de la Fournaise à la Réunion. Ils dépendent de l'Institut de physique du globe.
On enregistre les frémissements (très petits séismes, appelés « tremors » par les Anglo-Saxons) qui témoignent des ébranlements se situant à proximité de la surface et répercutant les mini-chocs du magma montant à travers les fractures. Répartis sur les flancs du piton de la Fournaise, en décembre 1985, dix sept minutes ont séparé un avertissement sismique d'une expulsion de magma.

On surveille la déformation des pentes d'un volcan par tiltmétrie, avec des inclinomètres à pendule à axe horizontal dont la position spatiale est convertie en tension électrique, ainsi que la modification des distances de l'ordre de quelques millimètres entre des balises fixes, des géodimètres à laser équipés de micro-réflecteurs. Des extensomètres renseignent sur l'écartement de failles. Tout ceci pour connaître le gonflement éventuel de l'appareil volcanique qui annonce une montée de magma qui, une fois expulsé, se dégonfle. On peut aussi mesurer les déformations cumulées sur une plus longue période de temps, voire des années, à l'aide de levers topographiques et géodésiques s'appuyant sur des bornes fixes.

La mesure en continu du champ magnétique au piton de la Fournaise montre des variations durant de quelques minutes à plusieurs mois allant de quelques nanotesla à plus de 10 nT avec une précision de 0,25 nT pour un champ magnétique global de 38 000 nT ; des variations de 5 nT et plus, quelques jours avant une crise, ont été observées. Elles sont liées à des contraintes qui modifient le magnétisme naturel ou induit des roches, la résistivité du sol et la circulation de l'eau.

La mesure des modifications du champ gravimétrique apportent des informations similaires.

Le suivi de l'évolution de la température et de la composition des gaz et/ou des eaux qui s'échappent éventuellement d'un cratère, de fumerolles, de coulées de lave, de fissures… permet d'interpréter l'activité en cours d'un volcan.

Les satellites surveillant la Terre fournissent des images spectrales dans l'infrarouge qui renseignent sur les variations thermiques, l'émission de fumées, de gaz chauds. Ils transmettent à des laboratoires, à l'aide de balises, les déformations en continu avec une précision de l'ordre du millimètre.

Parmi les mesures de prévention, citons le cas du Kelud (Java) dont un lahar noya 10 000 personnes en 1586. Les 33 millions de mètres cubes d'eau de son lac de cratère, mélangées à des cendres lors de l'explosion de 1919, recouvrirent 130 kilomètres carrés, tuant plus de 1 500 personnes. Pour éviter pareille catastrophe, des ingénieurs hollandais creusèrent des galeries dans les parois du volcan pour vider un nouveau lac dont le niveau fut abaissé de 56 mètres, son volume passant de 65 à 3 millions de mètres cubes et, lors de l'explosion de 1951, aucun lahar ne se produisit ; par malchance, l'éruption écroula la galerie et un nouveau lac de 40 millions de mètres cubes se reconstitua et une nouvelle éruption, en 1966, avant la fin de nouveaux travaux d'aménagement, tua une centaine de personnes.

A l'échelle mondiale, l'UNESCO a publié une liste d'environ cent volcans réputés dangereux mais il faut admettre que, dans celle de 1984, le Nevado del Ruiz n'y figurait pas… et il fit 25 000 morts en 1985, ce qui peut laisser redouter que la prochaine éruption cataclysmique pourrait se déclencher là où on ne l'attend pas.

Finalement, la prévention s'appuie sur une étude géologique de l'histoire de chaque appareil qui peut aider à saisir son type d'évolution. La montée du magma se traduit par des microséismes et un gonflement du volcan; la variation souvent infime de température, de composition des gaz... sont mesurables. Néanmoins, un problème fondamental subsiste : quand une éruption dangereuse va-t-elle se produire, en vue d'envisager une évacuation des habitants en danger avec toutes les conséquences que cela sous-entend : maîtrise de la panique, hébergement de milliers de personnes, du bétail, pertes économiques considérables… (des simulations se font régulièrement au Japon). Tout le monde garde en mémoire la polémique ayant éclaté entre deux spécialistes français qui a placé un préfet dans une situation inconfortable.

Les volcans… utiles

Ils peuvent augmenter la surface émergée et de nombreuses îles océaniques sont de nature volcanique.

Il est bien connu que le pied des volcans des zones tropicales et sub-tropicales est souvent très peuplé car les ejecta engendrent un sol fertile, riche en engrais naturels comme le calcium, le magnésium, le potassium…, ce qui a été reconnu depuis l'Antiquité et des dizaines de millions de personnes prospèrent sous la menace constante d'une éruption.

La nature même du volcan est source de matériaux abondamment exploités : les dépôts de soufre à la sortie des fumerolles en de nombreuses régions ; les produits d'émission et/ou de projection extraits dans des carrières, les roches dures (basalte, trachyte, andésite… donnant de la pierre à bâtir, des blocaux d'enrochement, du ballast, des gravillons…, voire des sarcophages - carrières du Grand Sarcoui remontant aux Romains) ; les cônes de scories de la pouzzolane pour agglomérés, empierrement… Un kilomètre d'autoroute nécessite 30 000 tonnes de granulats et que dire du ballast des voies mises en place pour le TGV. En France, la production totale, en 2000, a été de 120 millions de tonnes.

Les « solfatares », les « boues » plus ou moins liquides (bains de boue thérapeutiques à Vulcano), les eaux chaudes, thermales et/ou minéralisées (Volvic, Chaudes-Aigues, La Bourboule, Le Mont-Dore, Vals-les-Bains...), sont exploitées depuis fort longtemps elles aussi.
La chaleur qu'ils conservent en profondeur est utilisée pour produire de l'électricité (centrales géothermiques de Larderello en Italie, à Bouillante en Guadeloupe, en Islande, en Nouvelle-Zélande à Wairakei, au Mexique, en Russie…) ou pour alimenter le chauffage urbain (habitations à Melun en France, à Reykjavik en Islande…) ou de serres (l'Islande est le premier pays producteur de bananes d'Europe !). Depuis quelques décennies, avec le développement du tourisme international né de moyens de communication de plus en plus rapides, de loisirs de plus en plus nombreux, d'un niveau de vie et de savoir de plus en plus élevé pour une partie de la population, les volcans sont devenus des lieux de tourisme, donc des sources de revenus et d'emplois. A côté du tourisme basique (en 1872, une vingtaine de curieux montés voir les coulées de lave du Vésuve dans l'Atrio del Cavallo furent engloutis ; des « touristes » montaient au sommet du puy de Dôme à dos de mule dès le XIXe siècle ; n'oublions pas Vulcania, le « Parc européen du volcanisme » - qui ne fait pas de très bonnes affaires, d'ailleurs - visites organisées du volcan de Lemptégy…), se développe un tourisme scientifique lié au besoin de connaître de visu. Tant qu'il s'agit d'appareils encore « perdus » dans des régions peu accessibles, l'affluence reste modeste, mais à l'Etna, au Stomboli, au Vésuve… c'est la ruée pour photographier et filmer en vue de préparer des projections de documentaires, prélever des échantillons : des mesures ont dû être prises, des guides désignés, des interdictions prononcées. Sur les pentes de l'Etna, en 1971 et 1974, des « amateurs », dont des familles avec de jeunes enfants, en sont venus aux mains avec la police.

Signalons à ceux qui s'intéressent aux volcans qu'il existe une association, LAVE, 7, rue de la Guadeloupe, 75018 Paris, tél. : 01.42.05.72.57. Elle publie un bulletin en couleur, des fascicules hors série, organise des rencontres, des conférences, des sorties sur les volcans en France et à l'étranger… Elle est divisée en sections régionales permettant au plus grand nombre de profiter de ses services.
N'oublions pas le chiffre d'affaires généré par des conférences, des expositions, des « salons », des livres, des DVD, des films… sur le volcanisme, ainsi que les rencontres entre les scientifiques, les initiés, les passionnés, les curieux…

Les principales catastrophes volcaniques

Depuis 1700 seulement, l'IAVCEI citée ci-avant, a répertorié en 1990 les manifestations volcaniques ayant tué chacune plus de 1 000 personnes (ce qui élimine les nombreuses éruptions peu meurtrières), ces chiffres étant contestés par certains car ne tenant pas compte de toutes les manifestations volcaniques.
Quoi qu'il en soit, le total de l'IAVCEI avoisine les 270 000 morts.
Citons quelques catastrophes majeures :

- le Tambora (Indonésie), 92 000 morts, dont 80 000 suite à la famine, en 1815 ;
- le Krakatoa, ou Krakatau (Indonésie) provoqua, en 1883, un raz-de-marée qui tua un peu plus de 36 000 personnes ;
- le Galungung (Indonésie), en 1822, 4 000 morts ;
- l'Awu (Indonésie), 3 000 morts en 1701 et 2 800 morts en 1856 ;
- le Laki (Islande), en 1783, 10 000 morts par famine (287 v000 têtes de bétail mortes, pêche rendue impossible par les nuages de cendres) ;
- la montagne Pelée (Martinique), en mai 1902, au moins 30 000 morts, peut-être près de 35 000 selon les causes prises en compte ;
- le Santa Maria (Guatemala), en 1902, 6 000 morts ;
- le Lamington (Papouasie - Nouvelle-Guinée), en 1951, 3 000 morts ;
- l'Unzen (Japon), 15 000 morts en 1792, tuant, en 1990, 39 personnes dont le couple de volcanologues français Karft ;
- le Kelud (Java), en 1919, 5 200 morts.

Outre les morts, pas toujours faciles à dénombrer, n'oublions pas les brûlures graves de la peau et des muqueuses, les œdèmes des yeux et des poumons, l'ingestion involontaire de cendres et de poussières qui peuvent invalider plus ou moins longtemps les victimes.

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